Garde-moi mon arc-en-ciel
Garde-moi mon arc-en-ciel,
mon arc-en-ciel sous l’aisselle,
que la pluie ne le touche pas !
Couvre-moi d’un rayon de soleil,
avec soin,
et un peu de douceur !
Garde-moi mon arc-en-ciel,
mon arc-en-ciel sous le sourcil,
que le regard méchant ne le tue pas !
Cache-le dans ton œil,
cache-le si tu veux,
jusqu’à ce qu’il se transforme en larme.
Garde-moi mon arc-en-ciel,
mon arc-en-ciel au cœur,
protège-le un instant,
partage-le en sept parts !
Et donne-moi, avec ça,
une aurore
avant chaque lever de soleil,
un jour nouveau,
un matin.
Au-delà du brouillard
L’obscurité s’étire à travers la brume,
les rayons suspendus.
Dans la rosée, je trace la vie,
moitié éveillé, moitié endormi.
Jour mort !
Il n’y a plus de jour : le jour s’est fondu,
devenu grêle, devenu pluie.
Moi, sur la rosée, je pèse mon être,
moitié éveillé, moitié endormi,
au-delà du brouillard.
Au-delà du brouillard, dans le miroir,
la lune brille et rit pour elle-même.
Le jour a la nuit sur le visage.
La nuit est brume dans le ciel,
perles de rosée.
Sans voix
Dans le pré,
au pied du rocher
qui semble prêt à tomber,
paissent les gazelles.
Mon courage s’est brisé
en les regardant.
Je levai les yeux
et suppliai le ciel :
Notre Père qui es aux cieux,
couvre
ces bêtes angéliques
de ta miséricorde !
Mais soudain,
de la cabane,
une meute de loups misérables
surgit en trombe.
Les loups s’arrêtèrent
au pied de ce rocher
et commencèrent à prier et à pleurer :
Notre Père qui es aux cieux,
que nous donnes-tu à manger ?
Je cessai ma prière
et restai là,
au milieu des loups, dans le pré.
Les gazelles devinrent vent
cet après-midi-là,
alors que moi,
j’étais resté sans voix.

